Il n’y a jamais plus rien à faire…

Citation de Cicely Saunders

La fête de Notre-Dame de Lourdes, célébrée mardi dernier, marque la journée annuelle des malades. A cette occasion, Isabelle B., infirmière en soins palliatifs à Nîmes, nous fait partager son expérience et sa réflexion dans l’accompagnement des patients.

Il nous arrive à tous un jour ou l’autre d’être confronté à la maladie d’un proche et nous nous sentons bien souvent impuissants. Notre compassion devient alors la seule arme devant la souffrance physique et/ou morale. Mais qu’est-ce que la compassion ? Comment agir avec et par celle-ci ?

Etre malade, c’est plus que jamais avoir besoin de se sentir considéré et aimé…
Au chevet de ses malades, Mère Teresa s’interrogeait : « Dieu aime le monde à travers chacun de nous, mais nous, sommes-nous vraiment des êtres d’amour et de compassion ? ».
La compassion est « le sentiment que l’on éprouve face à la détresse ou un malheur dont est victime autrui. » On va alors plaindre cette personne et chercher à partager sa peine. Littéralement, le mot latin « compassion » signifie « souffrir avec ».

La compassion n’est pas une émotion passagère, ni un geste de tendresse sans lendemain. Compatir, c’est se tourner vers ceux qui sont affligés avec un cœur ouvert, un cœur compréhensif, plein de bonté, qui cherche à apporter une aide, un soulagement.
Par elle, nous pouvons nous-mêmes, à travers nos sens humains, adoucir, voire supprimer une douleur physique et morale sans pour cela donner des médicaments systématiquement. Ce sont des actes gratuits, simples, il suffit d’un peu d’attention et d’amour pour l’autre. Bien sûr, les médicaments sont essentiels, mais dans une société où l’on nous parle d ‘économie, de rentabilité, de « mieux vivre », d’autres modes de soin sont à promouvoir. Je pense que la compassion est un signe d’humanité dans des sociétés et des groupes qui se savent menacés d’inhumanité. Elle a un rang de valeur et suscite une émotion partagée. Les images en sont belles et simples qui unissent les extrêmes, douleur et douceur, de détresse et de tendresse, d’écrasement et d’allégresse…

La compassion ouvre les yeux et c’est de l’intérieur qu’elle participe à tout ce qui désire être. Dans une attitude de compassion, nous regardons chaque être comme notre propre frère, comme le Christ. Difficile à comprendre et à accepter à notre époque, mais en tenant compte de la dimension spirituelle et en accompagnant les personnes en fin de vie, je me suis surprise à penser que peut-être nous pouvions avoir un sixième sens qui serait « le sens des sens » qui est certainement l’amour. Associer le verbe aimer à chacun de nos gestes, paroles, regards, sourires, voilà une attitude de compassion. Mère Thérésa nous le dit « Nous ne faisons pas de grandes choses, seulement de petites choses avec beaucoup d’amour. »

Par mon expérience de soignante, je peux affirmer que le malade attend de nous optimisme et gaieté. Même dans les moments les plus aigus de la douleur, il y aura une brèche pour laisser passer l’espérance et un sillon pour semer la joie. Et bien sûr, l’écoute est primordiale. Peut-être demeurerons-nous impuissants à soulager le fardeau des épaules, mais nous aurons considérablement allégé celui du cœur par notre bienveillance.

La compassion peut être ainsi une sorte de rencontre hors du temps. Nous ne sommes plus esclave du passé, et nous ne nous projetons pas dans l’avenir, nous restons totalement présent à l’autre, dans l’instant. Nous demeurons avec lui d’une façon absolue. Il y a dans la compassion comme une touche d’éternité.

Pour continuer cette réflexion, je vous propose une méditation sur le sens de la souffrance et de la mort. Ce texte est extrait d’une lettre, écrite par Réjean Plante, jeune québécoise atteinte du sida, peu avant sa mort :

Avec tout ce que je vis depuis quelques années,
je ne peux faire autrement que de me poser des questions
à propos de la souffrance et de la mort
et de vouloir trouver un sens à tout cela.
Cela demeure un très grand mystère.
J’ai cependant fini par découvrir que la souffrance et la mort :

c’est de se retrouver en dehors de l’amour
et donc, en dehors de soi-même.
Cela c’est le non-sens des non-sens.
Autant je me retrouve tout à fait impuissant
devant la souffrance et la mort,
autant il ne tient qu’à toi
de me placer dans l’amour, dans moi-même
autant je n’ai pas d’autre choix
que de me laisser écraser par la souffrance
enlever par la mort
autant le choix est mien de vivre cela dans l’amour.
Et je me rends compte que c’est la seule façon
de ne pas vivre tout cela tout à fait révolté.
Bien plus, je suis certain
que cela peut me permettre de le vivre tout à fait exalté.
Mais cela n’est-il pas un sens à la souffrance et à la mort
le fait que cela m’amène
à ne pas vivre un non-sens encore plus grand,
celui d’être à l’extérieur de moi-même, hors de l’amour
 ?

Isabelle B.

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