Prêtre Demain ?

Thibault de Coligny, Benjamin Regipa et Nicolas Dumas, séminaristes du Diocèse

A l’occasion de l’ordination presbytérale de Nicolas Germain dimanche prochain, Nicolas Dumas (Séminariste) nous livre sa vision du prêtre de demain.

Prêtre Demain, voilà deux mots qui laissent résonner des enjeux incontournables de notre Église. En effet, bien que le nombre de prêtres augmente de par le monde, en Europe et particulièrement en France, il y a une crise de réponse à l’appel. Elle est due principalement, il me semble, à une crise de la transmission qui nous dispose à recevoir le don de la foi, crise de la vie accueillante et fidèle aux sacrements, tandis que l’on s’éparpille dans une fausse liberté par laquelle nos vies se liquéfient de plus en plus. De fait, dans un contexte actuel difficile, que sera l’Église demain ? Beaucoup formulent des questions plus précises et légitimes : combien de prêtres restera-t-il ? Combien en activité ? Comment reconsidérer l’organisation territoriale de nos districts ?… Stop. Je ne sais pas. Les mots de ces dernières questions sont-ils au fondement du Christ Pasteur, seul Berger du peuple des baptisés appelé à l’unité ?

Bien sûr il faut s’adapter à la réalité pastorale, tant de paroisses connaissent de multiples difficultés et lassitudes, il faut écouter toute idée pouvant renouveler notre vie chrétienne, pour prier notre Seigneur, partager sa parole qui est vie, « la vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent toi le seul vrai Dieu » (Jn 17, 3). Le connaître c’est commencer par se nourrir de sa parole dans l’Esprit-Saint, Saint Jérôme disait « ignorer les Écritures c’est ignorer le Christ ». Jésus envoya à ses disciples l’Esprit-Saint (Jn 20, 22), en sorte qu’il nous guide dans la vérité tout entière (Jn 16, 13) et que le Christ soit en lui glorifié (Jn 16, 14). Je crois qu’il nous faut constamment invoquer l’Esprit-Saint, et ne jamais perdre de vue que par Lui et dans l’Église par la succession apostolique, les Écritures ont été rédigées et reconnues comme tel Écriture Sainte. L’Église n’est pas seulement nécessité de rassemblement humain spontané (Mt 18, 20) mais elle est aussi voulue par le Christ (Mt 16, 18-19 et Ep 5, 25), non simple assemblée horizontale d’individus elle est appelée et aimée, cet amour et cet appel s’adressent à chacune et chacun, s’expriment dans le don inestimable de la vie qui nous est offerte. Le prêtre de demain, je le vois ainsi, non comme un grand manager multifonctions, mais un homme donné invitant ses frères et sœurs à se donner au Christ. C’est ici tout dire et rien dire, avant de se donner, il faut d’abord se recevoir de Dieu, se reconnaître librement, s’accepter. Le prêtre est l’homme des sacrements, homme du sanctuaire, homme aussi de la mission comme de sa paroisse ou de sa communauté de paroisses, et la mission de plus en plus commence dans les paroisses. Aujourd’hui, le manque de prêtres allant de paire avec la désertion de la pratique des sacrements, nous incite à vouloir changer beaucoup de choses et en même temps nous redécouvrons la mission de tout baptisé qui est certes de prier activement la venue du Seigneur, prier (Ac 6, 18) pour que cette communion d’amour de l’Église se manifeste au monde, mais aussi mettre en avant la parole nous éclairant par l’Esprit Saint, et être serviteur chaque jour de notre prochain en nous demandant ce que ferait le Christ à notre place. Le prêtre demain devra déléguer diverses missions, aussi la catéchèse qui nous concerne tous doit trouver, je crois, une plus grande place, elle est une occasion d’approfondir notre connaissance biblique en faisant également honneur à la raison, car, contrairement à ce qu’on croit, notre raison demeure active même si nous avons effectué un saut par la foi, en acceptant de ne pas tout comprendre (pour être compris en Dieu), foi et raison ne sont pas concurrentes mais concourantes à notre union à Dieu. C’est pourquoi je pense qu’il serait bon d’encourager nos communautés à lire les pères des premiers siècles ainsi que les docteurs de l’Église.

Dans notre relation à Dieu il y a comme un double mouvement de volonté et de regard, volonté active qui avance, et regard contemplatif qui apprend à s’émerveiller. Ainsi le prêtre, je crois, doit s’émerveiller et communiquer presque naturellement cette contemplation christologique : le Christ nous a aimé jusqu’à la fin humaine, lui qui pourtant avait tout pouvoir, il n’a exercé que le seul véritable, celui d’aimer. Le prêtre doit communiquer un certain émerveillement, par exemple à la venue d’un couple qui souhaite se préparer au mariage. Il doit chercher à voir apparaître le Christ aimant l’Église et l’Église prête à suivre son Christ, l’Église à l’écoute du Christ et le Christ prêt à se livrer pour son Église. Le prêtre demain je le vois justement agent et tout patient d’amour pour cela, pour ces âmes qui lui sont confiées, s’éprouvant à ne pas tout casser d’une démarche qui se veut chrétienne (même si les étapes fondamentales protégeant et édifiant la beauté du couple en son cœur et sa fécondité ont été rejetées) en même temps qu’il ne peut mentir et rappeler l’horizon ascendant comme à chaque paroissien. Le prêtre demain plus qu’hier doit s’émerveiller de voir des familles, non pas tellement d’avoir en sa paroisse des familles, mais simplement de les voir aujourd’hui, qu’elles sont belles, et elles sont belles parce qu’elles sont vraies, parce qu’elles reflètent comme un trait ineffable de la Sainte Trinité. Et de cette joie de les voir, le prêtre aussi avance, comme il avance de voir de nouveaux catéchumènes, il doit avancer parce qu’il s’est engagé à ce que le Christ puisse par lui faire avancer son peuple. Ainsi les familles et toutes les générations des baptisés vivent ensemble et se rapprochent les uns des autres, le prêtre doit rappeler que tout rapprochement humain s’accomplit de la manière la plus magnifique par le Christ Médiateur, aucunement obstacle mais au contraire le véritable « adsl » (à Dieu sans limite). La disponibilité du prêtre est pour demain un atout majeur et un témoignage fort de ce que Dieu nous aime maintenant et depuis toujours pour toujours, il est témoin vivant de ce que l’homme est créé par Dieu à son image (Gn 1, 26 et 27) et de ce fait quelque soit ses souffrances et ses troubles la personne est premièrement aimée par Dieu et d’un amour infini. Aussi Dieu peut nous pardonner aujourd’hui, c’est une chance à saisir. Si nous acceptons de nous confier à lui, accepter de retirer la flèche, qui nous a blessé, est douloureux mais pourtant nécessaire, comme il est nécessaire de verbaliser ce qu’il y a de double en nous .

Lorsque l’on voit des mariés s’embrasser, ou encore un enfant se jetant tout joyeux dans les bras de son père ravi, la troisième personne qui les regarde, voit cet amour qui les relie, mais par le fait de voir, c’est, lors d’un instant, comme si elle vivait aussi cet amour, non qu’elle s’introduise entre les personnes, mais cet amour se diffuse jusqu’à ses yeux, cet amour comme venant de plus loin et débordant de ceux qui le manifestent, une fois passé cet instant, cette troisième personne peut tomber dans l’émoi, et moi dans tout ça… j’y ai pas droit… elle a perdu la contemplation. Le prêtre, homme célibataire, est de ceux justement qui laissent résonner cet instant, il choisit de le laisser résonner non pas pour s’y fixer mais pour le porter en exemple, pour le bénir de sorte qu’il soit une force en vue que d’autres âmes répondent à l’appel de cet amour avec ses exigences qui font sa splendeur. C’est un peu ce qu’on pourrait appeler n’avoir d’yeux que pour Dieu.

Ainsi j’espère le prêtre de demain, dans notre diocèse, toujours désireux de voir, unanimes les gardois se rendant à la messe assidûment, partageant la parole de Dieu, la gardant encore, regardant en corps notre Seigneur sur la croix, regardant son corps en son Eucharistie, et le recevant en nous pour être un seul peuple pour le seul Seigneur. L’Église est toujours jeune, elle démontre sa jeunesse par son désir du grand, du beau et du vrai. Cette jeunesse aventureuse en Christ rime avec sagesse généreuse, il y a des risques, toute vocation en prend, la mesure de l’amour étant d’aimer sans mesure. Le prêtre devra rappeler le sens des mots liberté, obéissance, amour, hiérarchie, dogme… tous ces mots qui ne sont ni des maux ni des idéaux inatteignables mais des réalités vivantes pour édifier nos vies.

Être prêtre demain, c’est être un homme qui accompagne, être un homme in persona christi capitis rappelant que notre foi ne se trouve pas en l’homme seul ni en un dieu lointain, mais en Jésus-Christ vrai homme et vrai Dieu, sa divinité ne faisant pas mentir son humanité. Être prêtre c’est être pour Dieu et pour les hommes, pour faire grandir la communion des hommes avec Dieu et de Dieu avec l’humanité toute entière.

Nicolas DUMAS


Dimanche 10 Juin, suivez la retransmission de l’ordination de Nicolas Germain en direct sur internet !
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